Le long des routes de l'Asie...
Je me dirige pour un temps somme toute assez indéterminée vers la Mongolie en itinérance en essayant de payer le moins possible. Tous les moyens sont mis à disposition: stop, bus, train, bateau, couchsurfing, logement chez l'habitant...

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Ou sont les femmes?

 Mes amis ne seront pas surpris de lire aujourd'hui un roman sur la situation des femmes en Turquie.

 
Cela fait deja plusieurs semaines que la question me taraudait, mais ces 15 derniers jours de voyage ont ete tres enrichissant concernant ces questions, bien plus qu'en deux mois a Istanbul.
 
Simon ne faisait pas gaffe au debut mais mes allusions incessantes l'amenent a poser un autre oeil:
il y a tres peu de femmes dans l'espace public (hors des grandes villes), et celles que tu apercois  restent cantonnes dans un role plus traditionnel: les enfants et les courses. 
 
Plusieurs fois dans ce voyage, je me suis retrouvee dans des lieux ou je ne suis pas a ma place.
 
Notamment les çay evi. Il en existe deux sortes, celles pour tout le monde et celle uniquement pour les hommes. Lieux plutot musulmans, il n'y a pas d'alcool en vente et les hommes se rassemblent et jouent a des jeux de societe.
 
Le fait qu'il n'y ait pas de femmes dans ces lieux ne signifie pas que je ne suis pas servie, le statut de misafir (invitee) a bien trop d'importance en Turquie pour se permettre un tel sacrilege!
Je ne sais pas si une femme turque peut s'y installer, je pense que la question ne se pose meme pas et puis c'est tout.
 
Autant au debut, j'etais assez mal a l'aise dans ces lieux, autant aujourd'hui, je n'ai plus de probleme. C'est neanmoins Simon qui demandera avant si on peut s'installer avec moi, non pas par gene mais par respect, c'est a eux de m'inviter et non pas a moi de m'imposer.
 
Ce qui est drole, c'est la seconde ou tout s'arrete. Les hommes se detournent de leur jeu de cartes (les çay evi sont un des rares lieux ou les jeux de cartes ne sont pas interdits!) ou de dominos, de la tele ou du journal, posent le regard sur moi puis retournent a leur activite.
En apparence impassible mais le décor est plante, que vient elle faire la?
Si je suis installee en terrasse, les passants regardant machinalement reviendront poser le regard sur moi. Je suis le detail insolite, celui qui n'a rien a faire la...
 
Bon, ces regards sont partout, Simon le dreadeux, Chloe la fille et leurs sacs a dos, nous sommes une sacree equipe!
 
Le milieu des hommes dans l'espace public est facile a observer, Simon m'y introduit dans ces petits mondes, notamment grace a sa connaissance bien meilleure du turc que celle que j'ai.
Il est rigolo cet univers homosocial, fait de solidarite, de clins d'oeils et d'accolades bourrues. 
Je le sens base sur l'apparence malgre tout (vous savez l'homme viril qui porte le monde sur ses epaules, qui ne pleure pas, tout ca...) mais pas seulement : nombre d'etrangers sont choques de comportements qui pourraient etre associes a l'homosexualite dans leur pays: poignees de mains longues, calins, embrassades... 
 
Bref, j'aime beaucoup l'ambiance et j'aime beaucoup debarquer dans cette ambiance pas genee (au debut, si, quand meme), prendre mon the, me rouler mes cigarettes (certains hommes me proposent de l'aide, ce que je trouve vraiment tres drole!) et les fumer tranquillement.
 
Oui, mais malgre tout, j'aimerais bien voir les femmes aussi, leur monde a elles. Je l'imagine grouillant, malicieux et bavard. Je ne parle pas suffisamment turc pour parler d'autre chose que ce que je fais dans la vie, les freres et les soeur, d'ou je viens mais je veux pouvoir l'observer, le toucher du doigt.
 
C'est officiel, je pars a la chasse aux femmes!
Premiere etape, le hammam de femmes. Cher pour les touristes mais ca me semble un bon endroit pour demarrer.
 
Je laisse donc Simon aux prises des hommes de la çay evi et je file au hammam de Bergama. Mon statut de touriste me vaut un statut particulier: petite salle perso (avec une ouverture sur la salle commune) et la tenanciere attendra le depart de tout le monde pour s'occuper de moi.
Mais mon intuition etait la bonne: les femmes sont la, le sourire aux levres, les enfants presents (y compris les garcons, le plus age ayant une dizaine d'annees). Certaines sont nues ou en culottes, d'autres drapees dans la serviette traditionnelle et l'ambiance est a la rigolade. Pas de faux semblants, nous sommes entre femmes.
Mon imaginaire, alimente par les recits des 1001 nuits ou les rumeurs concernant l'erotisme des femmes turques me font supposer beaucoup de choses concernant les sujets qui peuvent etre abordes ici!
Et je le maintiens, rien n'est plus beau qu'une femme massant une autre femmes, dans le sens le moins charge de sous entendu sexuel qui soit.
Les garcons ont acces a cet espace pendant leur enfance. Je me demande dans quelle part les vagues souvenirs qu'ils en garderont par la suite alimentera leur imaginaire concernant les femmes, qu'on retrouve dans les poemes ou dans les films, mais je ne me permettrais jamais de poser la question!
 
L'experience n'aura pas ete aussi riche que je ne l'aurais souhaite mais c'est un bon debut.
 
Deux jours plus tard, nous sommes arrives a Izmir et la, le choc, j'y ai vu plus de femmes en deux  heures que sur les 10 derniers jours! Des couples se tiennent par la main, moi qui n'osais limite plus toucher Simon a l'epaule, des femmes voilees me sourire et me repondre dans la rue (c'est mon jeu depuis que je suis arrivee en Turquie: voir combien de femmes voilees – integralement ou non – repondront a mes questions basiques). Gros choc, Simon et moi reconnaissons bien la description exaltee que de nombreux turcs nous faisait a propos de cette ville ou il fait bon vivre et tout et tout...
 
 
Nous sommes accueillis par la famille de Osman (un ami de Simon, il est etudiant a Istanbul). Je suis aux anges, cela faisait longtemps que je voulais observer l'espace prive/familial, notamment, vous l'aurez compris parce que c'est la que je trouverais les femmes.
Le pere d'Osman ne revient que les We, il est militaire quelque part en Turquie, nous ne le verrons donc pas. A la maison se trouve la maman, d'une cinquantaine d'annees, la tante, d'une trentaine d'annees, Selin, la soeur, que nous ne ferons qu'entrapercevoir car ses horaires a la fac font qu'elle part tot et qu'elle revient tard, Osman et nous, les deux misafir un peu surprenants qui comprennent seulement deux mots de turc et les premiers yabanc? (etrangers) accueillis a la maison.
 
La mere et la tante, dont je ne connaitrais pas les prenoms (bien que je l'ai demande a Osman...), ne travaillent pas, les femmes au foyer. La mere cuisine merveilleusement bien et Osman est le pacha. Il ne fera pas grand chose dans la maison et si nous lui demandons quelque chose (une casserole ou un saladier), il faudra d'abord qu'il demande aux femmes ou se trouvent les choses.
Je ne reussirais pas a savoir si osman remarque notre etonnement : Osman est etudiant a Istanbul, il a vecu six mois en Angleterre mais a la maison, cela restera traditionnaliste!
 
Le statut de misafir est au dessus de tout en Turquie mais c'est tres genant pour Simon et moi de rester sans rien faire. Au moins aider a debarrasser la table! Le premier soir, c'est impossible. Alors que je conseille a Simon de rester assis, je commence a debarrasser la table. Des que je prends quelque chose, on me l'enleve des mains, donnant des situations assez marrantes: alors que Selin a les mains pleines, elle me prend mes plats, cherche un espace ou les entreposer mais n'en voyant pas, retourne les poser sur la table.
 
Me sentant plus encombrante qu'autre chose, je me rends sur le balcon ou je retrouve Simon et Osman qui parlent justement du statur de misafir. J'essaye d'expliquer qu'il est courant en France qu'un invite donne un coup de main... Enfin bref, le statut de misafir n'est pas le sujet de ce billet bien qu'il y ait beaucoup de choses a en dire mais le point ou je voulais en venir est qu'une femme misafir peut donner un coup de main, ce ne sera pas surprenant, mais certainement pas un homme!
 
Nous avons decide de faire des crepes pour remercier cette famille. Francais, facile, pas cher, bref parfait!
La famille en entier nous regarde faire les crepes, et Simon finira par faire la vaisselle pendant que la mere et la tante sont assises dans le canape en se moquant de Osman '' Ah pourquoi tu ne fais pas ca ici, ce serait chouette....''
 
Tout cela confirme les premieres impressions que j'avais vis a vis des femmes turques mais l'enorme paradoxe que je n'arrivais pas a resoudre, c'est que ces femmes ont les meme droits que nous, femmes francaises: droit de vote (10 ans avant nous), de divorce, de travailler, d'etudier....
 
Atatürk, ayant etudie en France notamment, est revenu avec plusieurs idees avant gardistes (et sacrement conseille par sa femme), et ce pour quoi nous avons du nous battre en France (vote, contraception.....) les femmes turques l'ont obtenu sans rien faire!
 
 
 
 
OUI, mais justement!
 
 
Osman nous a introduit aupres de Mouty, jeune femme turque et Ted, son petit ami americain.
 Ils vivent ensemble dans un appartement a Izmir et elle est geologue competente dans une boite internationale.
Ouverte et souriante, nous avons discute de choses et d'autres et notamment des femmes.
 
Ce que je n'avais pas reflechi, de mon point de vue de (jeune) francaise, c'est qu'Atatürk a introduit des droits revolutionnaires pour l'epoque, et qu'elle reste bien jeune (pour rappel, le regime democratique date de 1923), contrairement a la republique francaise. Les gens sont passes d'un regime ottoman traditionnel (et tres ancien!) a un systeme reflechi sur le modele occidental!
 
Alors qu'en France, les gens se mobilisent, se battent pour faire avancer le systeme, en Turquie, c'est le contraire.
Mouty est tres confiante et persuadee que d'ici 20 a 30 ans, les choses changeront. Au rythme ou les choses ont change en France par exemple. Sauf que les femmes turques n'auront pas a se battre contre le systeme.
 
Et dans les familles, les choses se font glabalement en douceur: les femmes se devoilent, vont a l'universite, trouvent un emploi, un copain.... Et ce n'est pas choquant. Il y a toujours des limites, on ne peut pas parler de liberation sexuelle non plus hein, mais la religion a toujours une place extremement importante dans la population, meme si le pays est laic.
 
Comme dit Mouty, ca prend son temps.
 
 
Malgre tout, un chouette moment que j'ai reussi a grapiller a Izmir.
Simon et Osman sortis, je bois un cafe (!) avec la tante, la maman et Zeliha, la voisine du dessous.
Nos tentatives d'echanges se soldent par des fous rires et les conversations concernent nos familles, nos vies.... Zeliha a un caractere incroyable et pas du tout embarrasse!
Il est la le moment ou les femmes peuvent etre femmes sans etre epouses ou meres.
De la maison et de ce moment banal, j'en garde un souvenir saisissant.
D'ailleurs Zeliha s'est declaree ma maman turque et m'a invite dans un village au mois de mai meme si elle s'excuse de ne pas reussir a prononcer correctement mon nom (par ailleurs imprononcable par tous les turcs), un grand sourire aux levres.
De g a dr  Zeliha, Osman et la maman de Osman, Izmir

Publié à 03:22, le 9/02/2012, Gaziantep
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Commentaire sans titre

Superbe ton texte. Et ca parait con à dire comme ca a une amie, mais je trouve tes remarques intelligentes et sincères (enfin toi quoi). Ca me rappelle des trucs d'Inde et en même temps je découvre des trucs. Et j'adore le "je pars à la recherche des femmes, je vais dans un hammam". J'y aurais trop pas pensé!

Publié par Lilly à 01:23, 13/02/2012

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