Le long des routes de l'Asie...
Je me dirige pour un temps somme toute assez indéterminée vers la Mongolie en itinérance en essayant de payer le moins possible. Tous les moyens sont mis à disposition: stop, bus, train, bateau, couchsurfing, logement chez l'habitant...

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Sarajevo, la ville aux deux facettes

 Sarajevo, capitale de la Bosnie ET Herzegovine, ce nom que j'associais a une sorciere quand j'apprenais la geographie en CE1, a la premiere guerre mondiale quand j'apprenais l'histoire en 4e (c'etait la Yougoslavie a l'epoque) mais que je ne savais pas vraiment placer sur une carte avant d'y venir, est une ville etrange. A me rappeler les images des films a propos de Berlin pendant la Guerre Froide.

 

 

 

 

Le centre ville est beau, propre, aere, pieton, remplis de turcs au point que je ne parle pas anglais pour demander mon chemin mais turc :)  La ville investit beaucoup d'energie pour faire oublier aux touristes qu'il y a eu la guerre il y a une vingtaine d'annees. Et pourtant, elle n'est pas loin.

 

Nous sommes alles, avec deux italiens rencontres dans la rue, nous balader le long du Bob staza (le chemin de Bob), pour monter les collines et decouvrir un batiment abandonne taggue, chaudement recommande par un couchsurfer bosniaque (vous suivez?) que nous n'avons jamais trouve (le batiment, pas le couchsurfer).

 

Le centre ville de Sarajevo n'est pas au centre mais quasiment a la peripherie. La ville etant entouree de montagnes, elle n'a pu se developper autour de ce centre historique mais a l'ouest. Nous quittons donc rapidement la ville pour arriver dans une atmosphere de village a la Heidi, les ruelles, les maisons en reconstruction, les gens souriants et le panorama incroyable. Cette nature est belle, nous sommes rapidement au dessus des aigles qui sont nombreux dans le coin, c'est le printemps, il fait beau, c'est parfait...

 

Pourtant, la guerre est dans nos esprits: les murs des maisons abandonnees sont recouverts d'impacts de balles,de nombreux panneaux le long des sentiers nous rappellent qu'il est dangereux de les quitter a cause des mines, et d'ailleurs, comment l'oublier avec les nombreux triangles jaunes indiquant les emplacements connus de ces mines?

4% du territoire bosniaque est encore mine. Il s'agit de faire attention mais autour de Sarajevo, c'est un reel danger. Par manque de temps et de moyen, il n'est pas possible encore de deminer partout, et encore, on ne parle que des emplacements connus car le nombre exact de mines utilisees par les Serbes est encore inconnu a ce jour.

Il est etrange de voir cette nature si belle et si tranquille, de s'y amuser, de s'y detendre alors que nous savons que nous sommes sur le chemin utilise par les serbes lors du siege de Sarajevo et que tout nous le rappelle: les balles rouillees, l'os humain (le seul, bien heureusement), les collines rocheuses recouvertes de plastiques utilisees par les serbes comme poste avance. Le tout avec les aigles, les fleurs, les bruits d'oiseaux et les momes qui jouent au foot dans le monastere d'a cote pendant que le clocher sonne (ce son est tres etrange quand ca fait plus de 4 mois que tu ne l'as pas entendu)...

 

Donc certes, Sarajevo est connu parce que la Premiere Guerre Mondiale a ete declenchee sur ce fameux pont latin, ou pour ce tunnel utilise pendant le siege (seule reference touristique a cette guerre encore trop proche) mais on ne cherchera pas a comprendre qui est serbe, qui est croate ou bosniaque, c'est trop complique, trop douloureux encore...



Publié à 18:45, le 3/04/2012, Sarajevo
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Petites scènes de la vie stambouliotte (encore?)

Je ne sais pas si vous le savez mais pendant la prière, les femmes sont dans une section à part. Souvent cachées derrière un paravent, parfois juste derrière une barrière mais visibles de tous.

 

 

 

A Usküdar, les femmes sont complètement cachées derrière un paravent. 

 

C'était la première fois que je me retrouvais àl'intérieur d'une mosquée pendant la prière. A Istanbul, ce n'est pas très apprécié, imaginez les cars de touristes venir prendre des photos pendant la prière (d'ailleurs ne pensez pas le faire dans la Mosquée Bleue ou la Mosquée de Suleymane!) mais les femmes avaient l'air contentes de m'accueillir surtout que je me suis dirigée directement au bon endroit, même si je suis restée à côté pour pouvoir observer les hommes sans être derrière ce paravent.

 

Mais regarder les femmes, c'est en fait le plus rigolo! Les hommes prient, la belle affaire, l'Imam chante, c'est chouette à entendre, mais les femmes ont bien d'autres préoccupations en tête que de faire les prosternations rituelles (qui s'appellent rekat en turc): s'occuper des enfants!

 

Une femme intégralement voilée fait ses rekat (c'est d'ailleurs la seule de la section) et tout à coup, en plein milieu, elle s'arrête, prend son enfant dans ses bras et lui raconte une blague, un grand sourire aux lèvres. D'autres femmes discutent, rigolent (silencieusement).... je ne m'attendais pas à une telle activité :)

 

Les temps de prière et le nombre de rekat:

(les horaires sont approximatifs car ils dépendent du soleil donc selon la saison, la région du monde et tout ça, ce n'est pas le même moment.) (d'où la question qui vient d'apparaitre dans mon esprit maintenant: comment fait-on pour déterminer les horaires dans les régions où il y a la nuit polaire ou la journée polaire??)

 

A 5h, la prière dure 10 minutes et il y a 4 rekat: deux au début et deux à la fin.

 

A 13h, la prière dure 15 minutes, il a 10 rekat: quatre au début, quatre au milieu et deux à la fin.

 

A 15h, la prière dure 5 minutes, il y a 4 rekat: deux au début et deux à la fin.

 

A 17h, la prière dure 10 minutes, il y a 5 rekat: trois au début et deux à la fin.

 

A 19h, la prière dure 15 minutes, il y a 9 rekat: quatre au début, deux au milieu et trois à la fin.

 

Ce sont des infos que m'a donné une amie, par l'intermédiaire de femmes qui sont en études de théologie mais sur ce site, je n'ai pas les mêmes informations (ils n'annoncent que les rekat du début de prière...) donc à prendre avec du recul mais c'est tellement dire d'obtenir des infos à propos de la prière musulmane (en dehors des sites religieux dont je mets les liens...ou ne serait-ce que pour avoir des horaires approximatifs)... C'est aussi pour la simple raison que un morceau de papier où on inscrit le nom de Allah devient de fait sacré. Sur le papier où ces étudiantes avaient écrit, elles avaient raturé très très soigneusement le nom de Allah et avaient demandé à mon amie de faire très attention à ce papier car il était devenu sacré... Bon apparemment, elles étaient très pratiquantes voire extrémistes.

 

 



Publié à 02:38, le 22/03/2012, Istanbul
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L'armee en Turquie, une histoire sacree.

 Bon, avant toute chose, soyons clairs. C'est un assez gros morceau l'armee en Turquie (comme un peu partout hein) et je n'en ai pas assez vu pour faire une etude sur le sujet mais quelques infos/reflexions glannees ici et la. Mon gros souci dans la redaction de l'article, c'est que je suis pas foutue de savoir comment ca se passe en France donc du coup, j'ai peu de moyens de comparaisons. Et je reste tres superficielle dans mes propos. C'est juste que je trouve ca interessant. Et puis je sais pas, depuis que je suis arrivee en Turquie, je les vois plus ou moins partout. A Istanbul, au debut, je m'inquietais. Tout a coup, paf, 70 militaires debarquaient sur une place (j'ai surtout observe ca pres du Palais de Dolmabahce), tout equipes, en rang d'oignons, le chef qui crie, la totale! Mais quand je demandais aux copains turcs ce qu'il se passe (parce que moi et les infos turques hein, j'y pige que dalle), la reponse est ironique: ils ont rien a faire/ ils aiment bien se montrer. Ah...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'Armee a une place tres forte dans l'histoire de la Republique Turque.  La guerre d'Independance a dure 3 ans (1919-1922), ca a bataille contre tout le monde et personne mais les faits sont la, sans l'Armee, pas de Republique.

 

L'armee a l'autorisation legale d'intervenir en politique depuis 1961 (contrevenant a la decision de Ataturk -incroyable-, qui avait interdit toute activite politique aux officiers en 1930).

 

L'Armee se revendique comme garant du mouvement Kemaliste (nom provenant de Mustapha Kemal et je vous le donne en mille, c'est Ataturk mais mouvement ataturkien, ca en jetait moins, vous comprenez), particulierement le cote laique du mouvement (c'est d'ailleurs un de ses roles officiels: garantir la laicite). Resultat, les 4 fois ou ils ont foutu le bordel depuis les annees 60 (chez nous, on appelle ca un coup d'Etat), les religieux etaient un peu trop presents... Ce n'est absolument pas l'unique raison, trop facile, mais si vous voulez plus de details sur ces susdits coups d'Etat, je vous renvoie vers Wikipedia (en anglais).

 

Les militaires sont tres soutenus par la population (comme tout ce qui est kemaliste, tu me diras) mais de moins en moins malgre tout... Le role qui leur est accorde se restreint de plus en plus, et le salaire egalement (tout de suite, c'est moins attirant). De plus, Erdoğan (premier ministre turc) n'est pas un grand grand Kemaliste et tend a freiner un peu la barre.

 

Le service militaire est obligatoire en Turquie, pour les hommes, il dure 6 a 15 mois (selon le niveau scolaire). Bon officiellement, tu peux pas y louper sauf pour raisons medicales mais dans les faits, si tu allonges un peu d'argent (beaucoup serait plus exact), y a moyen... Un ami sur Istanbul cherche a reunir la somme en ce moment d'ailleurs... Plutot anar, il se sent pas vraiment de passer 15 mois dans l'Armee Turque, il veut aller a Cuba...

Les femmes ont obligation de ''servir le pays'' en cas de conflit arme. Je ne sais pas bien ce que ca signifie mais elles ne vont pas sur le terrain!

 

Je me suis retrouvee (pour une histoire sacrement stupide d'agneau tue... une autre aventure encore!) dans la gendarmerie (les gendarmes sont appeles Jandarma, encore un mot pique a la langue francaise). Si on ne savait pas qu'ils etaient kemalistes, on le devine tres rapidement, Ataturk est partout, a toutes les sauces et a toutes les tailles. La photo ou le buste (veridique) une a deux fois par piece, parfois en supplement sur le bureau. Dans les couloirs egalement. C'est bien simple, en 7h passees a la gendarmerie, ou que je sois, dehors dedans aux toilettes en deposition en attente... je l'avais dans mon champ de vision. Desolee, je ne me sentais pas de le prendre en photo pour la collection :)

 

La moitie des effectifs etaient des jeunes en service national, le Ministere de la Defense turc (le ministere, pas la defense) espere combler certains manques d'effectifs dans l'armee professionnelle mais c'est pas encore la panacee il parait. Du coup, c'etait rigolo, moi qui m'attendais a rencontrer des gens un peu baraques, qui me regarde de haut et tout et tout (comme les CRS quoi) bah non... plutot jeunes, boutonneux, un peu d'embonpoint, qui viennent te servir un cay (hourra, ca me manquait trop) un grand sourire aux levres... J'ai vu plus flippant :) Un seul d'entre eux parle anglais, il est ingenieur informaticien (1) a Istanbul et il ne se genera pas pour me dire, devant le sergent, qu'il deteste bosser la, il lui reste plus que deux mois a tirer avant de retourner a Istanbul ''pour toujours'' que son sergent deteste les etrangers et ne me croit pas (mais j'ai fait quoi dans ma vie pour que ca se passe si mal avec la police???) et il n'hesitera pas a se foutre de sa gueule en ma presence (oui enfin pas trop quand meme, c'est son superieur hierarchique). Il nous a vachement aide, en nous donnant tous les conseils qu'il nous fallait pour avancer sans trop se faire arnaquer (bon je dis nous mais il s'agit de Christine, qui m'accueille, moi je suis que temoin dans l'histoire).

 

Une petite phrase affichee en immense dans le couloir et que j'ai eu le temps de comprendre vu le temps passe la bas:

nerede karşılıklı sevgi ve saygi varsa
orada itaat ve itimat vardır
itaat ve itimatin olduğu yerde
disiplin vardır
disiplin olduğu yerde
başarı ve mutluluk vardır

 

Ce qui donne comme traduction approximative renforcee a coups de dicos un truc du genre:

Là où il y a l'amour et le respect mutuel,
il y a l'obéissance et la foi.
 où il y a l'obéissance et la foi
Il y a la discipline.
Là où il y a la discipline,
Il y a la réussite et le bonheur.

M. K. Ataturk (ce n'etait pas ecrit, c'est en faisant des recherches Internet que j'ai appris que c'etait de lui. J'aurais du deviner, non?)

 

Ah oui, un autre detail encore...

Lucile nous donne la traduction du texte sur la photo qu'elle m'avait filee et bah... ca rentre dans le sujet quoi (Chloe et ses grandes phrases de transition...)

 © Lu M

''Une grande et importante partie des frontière de notre pays est constituée des côtes maritimes, alors il faut que la Marine de l'Etat turc soit tout aussi grande et importante. Alors le Peuple turc pourra être en sécurité et dormir sur ses deux oreilles''

(1) Elle est nulle, je sais, mais je peux la faire qu'a des francais... C'est vraiment pas facile de faire un entretien en turc/anglais le tout approximatif avec cette chanson dans la tete!



Publié à 22:56, le 13/03/2012, Üzümlü
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Un oubli bien dramatique

[Pour info, ceci est un brouillon redige a Izmir, il y a deja plus d'un mois que je publie aujourd'hui avec quelques modifications mineures... c'est un peu a cote de la plaque concernant la chronologie, n'en soyez pas etonnes]

 

J'ai bien des milliards d'idees sur ce que je voudrais partager depuis que j'ai commence a vagabonder sur les routes turques, je pars a la chasse aux femmes et je squatte un peu trop les lieux d'hommes, je suis confrontee a des scenes chouettes, j'ai hate de toutes les partager.

 

Mais avant tout, il s'agit de parler d'Atatürk.

 

En arrivant en Turquie, j'ai ete surprise par deux choses: le nombre de drapeaux turcs flottant ici et la, temoignant d'un attachement tres fort a la Turquie et le Muezzin.

Le soir de mon arrivee, j'ai demande qui etait ce type qu'on voyait sur tous les drapeaux et les gens m'ont regardee, ebahis et m'ont repondu Bah...Ataturk.

 

Faut savoir que si vous ne le connaissez pas et que vous allez en Turquie, vous allez tres vite le connaitre. Il est partout (ci dessous quelques echantillons que j'ai photographie en une dizaine de jours, je completerais la collection des que j'aurais acces a toutes les photos), en photo, en monuments sans compter le nombre de stades, d'aeroports, de lycees, et autres qui portent son nom...

 

Le jour de sa mort, (le 10 novembre a 9.05 am), une minute de silence est observee, enfin officiellement c'est une minute de silence mais en fait, c'est plus un bordel sans nom. Les taxis s'arretent, les gens, tout... Je n'ai pas reussi a savoir si cela etait dans tout le pays, mais dans les grandes villes dans tous les cas, c'est pratique (vous savez avec un accent a la fin!)... Je suis arrivee en Turquie 4 jours apres (shit...)

 

 

Avant, c'etait carrement journee de deuil national, les journaux affichaient des bandes noires, les magasins etaient fermes, bref le jour maudit des enfants, (je detestais le 14 juillet quand j'etais petite!!!)...

 

 

Quand on en discute avec les gens, on arrive a savoir un peu ce qu'il a fait: fonder la republique turque, OK... accorder le droit de vote aux femmes (bien avant les femmes francaises d'ailleurs, etrange paradoxe que j'ai aborde dans le precedent article), introduire l'alphabet latin (je vous ai rajoute l'image de la statue qu'on trouve souvent: Ataturk montrant a des enfants le nouvel alphabet, celle-ci se situe dans le distric de Kadikoy, a Istanbul).... mais il est difficile d'aborder le sujet de maniere un peu objective. Ce type est adule, vous trouverez des images de lui jusque sur les frigos des maisons.

Et puis aussi parce qu'il est interdit de le critiquer, une loi le stipule bien.

 

Pourtant ce type a fonde une democratie, a parti unique, ou la presse etait censuree, ou le costume traditionnel ottoman etait interdit et les minorites (particulierement la tres fameuse minorite kurde) massacrees. Il n'a pas ete acteur du genocide armenien de 1915 qui a fait tant couler d'encre en France et en Turquie il y a deux mois (on en parle toujours ici hein, nous restons souriants aux reactions diverses et variees que Simon et moi creons en disant notre nationalite) mais il a assez mal vecu le traite de je sais pas quoi qui a rendu l'armenie independante...

 

Bref ce type reste un ''dictateur'' le mot pourrait sembler fort mais il nous est impossible de nous former un reel avis... toujours est il que ce type fait integralement partie de la Turquie, probablement une des rares democraties au monde a pratiquer un culte de la personnalite (quoique... je m'avance peut etre beaucoup sur cette affirmation :) ) et s'il fait partie de la Turquie, il fait donc partie de notre voyage!

 

Une remarque en passant: etonnamment (percevez mon ironie: ce n'est pas etonnant du tout!), en Turquie du Sud-Est, on a pu observer quelques images d'Ataturk (dans les batiments officiels en fait) mais beaucoup moins... De Izmir, ou nous pouvions observer une centaine de portraits/references par jour, a Mardin, nous avons difficilement reussi a en trouver deux en 3 jours!

 

 

Lucile, couchsurfeuse de Gaziantep (ai-je deja mentionne qu'elle est trop chouette?) s'est prise a mon jeu et m'a envoye deux photos prises a Iskenderum, sud de la Turquie (qu'elle me corrige si je me trompe)

(© Lu M)



Publié à 22:14, le 20/02/2012, Izmir
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Ou sont les femmes?

 Mes amis ne seront pas surpris de lire aujourd'hui un roman sur la situation des femmes en Turquie.

 
Cela fait deja plusieurs semaines que la question me taraudait, mais ces 15 derniers jours de voyage ont ete tres enrichissant concernant ces questions, bien plus qu'en deux mois a Istanbul.
 
Simon ne faisait pas gaffe au debut mais mes allusions incessantes l'amenent a poser un autre oeil:
il y a tres peu de femmes dans l'espace public (hors des grandes villes), et celles que tu apercois  restent cantonnes dans un role plus traditionnel: les enfants et les courses. 
 
Plusieurs fois dans ce voyage, je me suis retrouvee dans des lieux ou je ne suis pas a ma place.
 
Notamment les çay evi. Il en existe deux sortes, celles pour tout le monde et celle uniquement pour les hommes. Lieux plutot musulmans, il n'y a pas d'alcool en vente et les hommes se rassemblent et jouent a des jeux de societe.
 
Le fait qu'il n'y ait pas de femmes dans ces lieux ne signifie pas que je ne suis pas servie, le statut de misafir (invitee) a bien trop d'importance en Turquie pour se permettre un tel sacrilege!
Je ne sais pas si une femme turque peut s'y installer, je pense que la question ne se pose meme pas et puis c'est tout.
 
Autant au debut, j'etais assez mal a l'aise dans ces lieux, autant aujourd'hui, je n'ai plus de probleme. C'est neanmoins Simon qui demandera avant si on peut s'installer avec moi, non pas par gene mais par respect, c'est a eux de m'inviter et non pas a moi de m'imposer.
 
Ce qui est drole, c'est la seconde ou tout s'arrete. Les hommes se detournent de leur jeu de cartes (les çay evi sont un des rares lieux ou les jeux de cartes ne sont pas interdits!) ou de dominos, de la tele ou du journal, posent le regard sur moi puis retournent a leur activite.
En apparence impassible mais le décor est plante, que vient elle faire la?
Si je suis installee en terrasse, les passants regardant machinalement reviendront poser le regard sur moi. Je suis le detail insolite, celui qui n'a rien a faire la...
 
Bon, ces regards sont partout, Simon le dreadeux, Chloe la fille et leurs sacs a dos, nous sommes une sacree equipe!
 
Le milieu des hommes dans l'espace public est facile a observer, Simon m'y introduit dans ces petits mondes, notamment grace a sa connaissance bien meilleure du turc que celle que j'ai.
Il est rigolo cet univers homosocial, fait de solidarite, de clins d'oeils et d'accolades bourrues. 
Je le sens base sur l'apparence malgre tout (vous savez l'homme viril qui porte le monde sur ses epaules, qui ne pleure pas, tout ca...) mais pas seulement : nombre d'etrangers sont choques de comportements qui pourraient etre associes a l'homosexualite dans leur pays: poignees de mains longues, calins, embrassades... 
 
Bref, j'aime beaucoup l'ambiance et j'aime beaucoup debarquer dans cette ambiance pas genee (au debut, si, quand meme), prendre mon the, me rouler mes cigarettes (certains hommes me proposent de l'aide, ce que je trouve vraiment tres drole!) et les fumer tranquillement.
 
Oui, mais malgre tout, j'aimerais bien voir les femmes aussi, leur monde a elles. Je l'imagine grouillant, malicieux et bavard. Je ne parle pas suffisamment turc pour parler d'autre chose que ce que je fais dans la vie, les freres et les soeur, d'ou je viens mais je veux pouvoir l'observer, le toucher du doigt.
 
C'est officiel, je pars a la chasse aux femmes!
Premiere etape, le hammam de femmes. Cher pour les touristes mais ca me semble un bon endroit pour demarrer.
 
Je laisse donc Simon aux prises des hommes de la çay evi et je file au hammam de Bergama. Mon statut de touriste me vaut un statut particulier: petite salle perso (avec une ouverture sur la salle commune) et la tenanciere attendra le depart de tout le monde pour s'occuper de moi.
Mais mon intuition etait la bonne: les femmes sont la, le sourire aux levres, les enfants presents (y compris les garcons, le plus age ayant une dizaine d'annees). Certaines sont nues ou en culottes, d'autres drapees dans la serviette traditionnelle et l'ambiance est a la rigolade. Pas de faux semblants, nous sommes entre femmes.
Mon imaginaire, alimente par les recits des 1001 nuits ou les rumeurs concernant l'erotisme des femmes turques me font supposer beaucoup de choses concernant les sujets qui peuvent etre abordes ici!
Et je le maintiens, rien n'est plus beau qu'une femme massant une autre femmes, dans le sens le moins charge de sous entendu sexuel qui soit.
Les garcons ont acces a cet espace pendant leur enfance. Je me demande dans quelle part les vagues souvenirs qu'ils en garderont par la suite alimentera leur imaginaire concernant les femmes, qu'on retrouve dans les poemes ou dans les films, mais je ne me permettrais jamais de poser la question!
 
L'experience n'aura pas ete aussi riche que je ne l'aurais souhaite mais c'est un bon debut.
 
Deux jours plus tard, nous sommes arrives a Izmir et la, le choc, j'y ai vu plus de femmes en deux  heures que sur les 10 derniers jours! Des couples se tiennent par la main, moi qui n'osais limite plus toucher Simon a l'epaule, des femmes voilees me sourire et me repondre dans la rue (c'est mon jeu depuis que je suis arrivee en Turquie: voir combien de femmes voilees – integralement ou non – repondront a mes questions basiques). Gros choc, Simon et moi reconnaissons bien la description exaltee que de nombreux turcs nous faisait a propos de cette ville ou il fait bon vivre et tout et tout...
 
 
Nous sommes accueillis par la famille de Osman (un ami de Simon, il est etudiant a Istanbul). Je suis aux anges, cela faisait longtemps que je voulais observer l'espace prive/familial, notamment, vous l'aurez compris parce que c'est la que je trouverais les femmes.
Le pere d'Osman ne revient que les We, il est militaire quelque part en Turquie, nous ne le verrons donc pas. A la maison se trouve la maman, d'une cinquantaine d'annees, la tante, d'une trentaine d'annees, Selin, la soeur, que nous ne ferons qu'entrapercevoir car ses horaires a la fac font qu'elle part tot et qu'elle revient tard, Osman et nous, les deux misafir un peu surprenants qui comprennent seulement deux mots de turc et les premiers yabanc? (etrangers) accueillis a la maison.
 
La mere et la tante, dont je ne connaitrais pas les prenoms (bien que je l'ai demande a Osman...), ne travaillent pas, les femmes au foyer. La mere cuisine merveilleusement bien et Osman est le pacha. Il ne fera pas grand chose dans la maison et si nous lui demandons quelque chose (une casserole ou un saladier), il faudra d'abord qu'il demande aux femmes ou se trouvent les choses.
Je ne reussirais pas a savoir si osman remarque notre etonnement : Osman est etudiant a Istanbul, il a vecu six mois en Angleterre mais a la maison, cela restera traditionnaliste!
 
Le statut de misafir est au dessus de tout en Turquie mais c'est tres genant pour Simon et moi de rester sans rien faire. Au moins aider a debarrasser la table! Le premier soir, c'est impossible. Alors que je conseille a Simon de rester assis, je commence a debarrasser la table. Des que je prends quelque chose, on me l'enleve des mains, donnant des situations assez marrantes: alors que Selin a les mains pleines, elle me prend mes plats, cherche un espace ou les entreposer mais n'en voyant pas, retourne les poser sur la table.
 
Me sentant plus encombrante qu'autre chose, je me rends sur le balcon ou je retrouve Simon et Osman qui parlent justement du statur de misafir. J'essaye d'expliquer qu'il est courant en France qu'un invite donne un coup de main... Enfin bref, le statut de misafir n'est pas le sujet de ce billet bien qu'il y ait beaucoup de choses a en dire mais le point ou je voulais en venir est qu'une femme misafir peut donner un coup de main, ce ne sera pas surprenant, mais certainement pas un homme!
 
Nous avons decide de faire des crepes pour remercier cette famille. Francais, facile, pas cher, bref parfait!
La famille en entier nous regarde faire les crepes, et Simon finira par faire la vaisselle pendant que la mere et la tante sont assises dans le canape en se moquant de Osman '' Ah pourquoi tu ne fais pas ca ici, ce serait chouette....''
 
Tout cela confirme les premieres impressions que j'avais vis a vis des femmes turques mais l'enorme paradoxe que je n'arrivais pas a resoudre, c'est que ces femmes ont les meme droits que nous, femmes francaises: droit de vote (10 ans avant nous), de divorce, de travailler, d'etudier....
 
Atatürk, ayant etudie en France notamment, est revenu avec plusieurs idees avant gardistes (et sacrement conseille par sa femme), et ce pour quoi nous avons du nous battre en France (vote, contraception.....) les femmes turques l'ont obtenu sans rien faire!
 
 
 
 
OUI, mais justement!
 
 
Osman nous a introduit aupres de Mouty, jeune femme turque et Ted, son petit ami americain.
 Ils vivent ensemble dans un appartement a Izmir et elle est geologue competente dans une boite internationale.
Ouverte et souriante, nous avons discute de choses et d'autres et notamment des femmes.
 
Ce que je n'avais pas reflechi, de mon point de vue de (jeune) francaise, c'est qu'Atatürk a introduit des droits revolutionnaires pour l'epoque, et qu'elle reste bien jeune (pour rappel, le regime democratique date de 1923), contrairement a la republique francaise. Les gens sont passes d'un regime ottoman traditionnel (et tres ancien!) a un systeme reflechi sur le modele occidental!
 
Alors qu'en France, les gens se mobilisent, se battent pour faire avancer le systeme, en Turquie, c'est le contraire.
Mouty est tres confiante et persuadee que d'ici 20 a 30 ans, les choses changeront. Au rythme ou les choses ont change en France par exemple. Sauf que les femmes turques n'auront pas a se battre contre le systeme.
 
Et dans les familles, les choses se font glabalement en douceur: les femmes se devoilent, vont a l'universite, trouvent un emploi, un copain.... Et ce n'est pas choquant. Il y a toujours des limites, on ne peut pas parler de liberation sexuelle non plus hein, mais la religion a toujours une place extremement importante dans la population, meme si le pays est laic.
 
Comme dit Mouty, ca prend son temps.
 
 
Malgre tout, un chouette moment que j'ai reussi a grapiller a Izmir.
Simon et Osman sortis, je bois un cafe (!) avec la tante, la maman et Zeliha, la voisine du dessous.
Nos tentatives d'echanges se soldent par des fous rires et les conversations concernent nos familles, nos vies.... Zeliha a un caractere incroyable et pas du tout embarrasse!
Il est la le moment ou les femmes peuvent etre femmes sans etre epouses ou meres.
De la maison et de ce moment banal, j'en garde un souvenir saisissant.
D'ailleurs Zeliha s'est declaree ma maman turque et m'a invite dans un village au mois de mai meme si elle s'excuse de ne pas reussir a prononcer correctement mon nom (par ailleurs imprononcable par tous les turcs), un grand sourire aux levres.
De g a dr  Zeliha, Osman et la maman de Osman, Izmir


Publié à 03:22, le 9/02/2012, Gaziantep
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